10.11.2007
DROITS TELE: LA DERNIERE LIGNE DROITE
Les dessous et les enjeux de cette bataille économique
D’un côté le Football Français Professionnel. De l’autre, le principal diffuseur de la ligue 1. La problématique est de savoir si, au prochain appel d’offre, la Ligue 1 sera aussi bien achetée qu’en 2004 (600 M€/an). Les présidents de club estime que la Ligue 1 vaut entre 750 et 900 M€, alors que Canal+ veut garder l’exclusivité en payant moins que les 600 M€. Quelles sont les stratégies employées pour gagner cette bataille ?
Pour mener cette nouvelle bataille des droits télé, trois ans après le triomphe de 2004, Thiriez s'est donc entouré de la même garde rapprochée réunie au sein du "comité de pilotage". On y trouve les présidents de club de Ligue 1 les plus influents du moment : Jean-Michel Aulas (Lyon), Gervais Martel (Lens), Olivier Sadran (Toulouse), Jean-Claude Plessis (Sochaux). Ainsi que deux présidents de Ligue 2, Pascal Urano (Sedan) et Jean-Pierre Louvel (Le Havre).
| La guerre d’influence Pour minimiser l’importance de son achat, Canal+ se la joue dédaigneuse : « Le football a perdu un tiers de son audience depuis le début de la saison », a déclaré récemment Rodolphe Belmer, directeur général de la chaîne. Cependant, la divulgation d’un sondage IPSOS dans le journal Les Échos est venue faire pencher la balance dans le camp de la Ligue. Ainsi, il apparaît que la perte du football pour Canal+ entraînerait une importante fuite : 43 % des abonnés (soit 1,5 million de clients) pourraient partir (24 % certainement, 19 % probablement). Le genre de cataclysme dont une entreprise cotée en bourse aurait bien du mal à se relever. Voir l’article sur : http://www.humanite.fr/2007-11-14_Sports_Canal-Plus-perdr... |
La 1ère stratégie : la durée du contrat
Pour ne pas se retrouver, au bout du compte, face à Canal +, la LFP a envoyé un premier message fort à d'éventuels nouveaux investisseurs. "Trois ans, c'était trop court pour espérer attirer de nouveaux entrants comme les câblo-opérateurs, souligne un membre du service marketing de la LFP. Il leur faut du temps pour conquérir de nouveaux abonnés et amortir leurs investissements." Hélas, sur ce sujet, la Ligue n'a pas les coudées franches. En effet, un décret ministériel datant de juillet 2004, signé par le Premier ministre de l'époque, Jean-Pierre Raffarin, précise que les contrats ne peuvent en aucun cas dépasser une durée de trois ans. La LFP tente donc de le faire modifier... par tous les moyens. Frédéric Thiriez, notamment, est en première ligne. En septembre, le président de la LFP est reçu à l'Élysée par Nicolas Sarkozy, qui assure "tout faire pour soutenir le Football français". Moins d'un mois plus tard, Thiriez recueille les premiers fruits de son lobbying : le gouvernement se dit favorable à un rallongement à quatre ans. Le Conseil de la concurrence et le Conseil d'État sont alors saisis simultanément de cette affaire "classée prioritaire", dixit un conseiller de Matignon. Le premier a rendu, le 9 novembre, un avis favorable, transmis en début de semaine à la Direction générale de la consommation et de la répression des fraudes qui l'a remis au ministère des Sports. Quant au Conseil d'Etat, il devrait rendre, lui aussi, un avis favorable ce mercredi 21 novembre. Restera ensuite au premier ministre François Fillon la charge de signer le nouveau décret modifié, pour publication au Journal Officiel. La LFP pourra alors lancer officiellement son appel à candidatures. Très probablement le 29 ou le 30 novembre. Avec ce nouveau décret, la LFP espère attirer de nouveaux câblo-opérateurs tels que Noos-Numericable, Direct8, Orange…D’ailleurs, La LFP n’a-t-elle pas envoyé un signal fort à Canal+, lors de la l’appel d’offre de la Ligue 2 ?
Alors qu'Eurosport, déjà détenteur du "match vedette" du lundi soir, propose 8 millions d'euros, c'est l'opérateur câblé Noos-Numericable qui remporte le lot pour... 5 millions d'euros ! "L'objectif n'était pas uniquement financier", reconnaît alors Frédéric Thiriez. Quel était-il alors ? " Sur ce coup-là, la LFP a fait entrer un nouvel opérateur de façon totalement infondée, lâche un dirigeant d'Eurosport. Tout ça pour montrer à Canal que, sur la Ligue 1 aussi, toutes les magouilles sont possibles, et pour faire un appel du pied à d'autres câblo-opérateurs."
La 2ème stratégie : La division des lots
"Quand on divise les lots, mécaniquement, le prix de chaque lot baisse, décode Béatrice Saunier, directrice adjointe de TWI France, filiale du Groupe IMG, qui est mandatée par la Ligue pour vendre les droits de la L1 à l'étranger. Du coup, de nouveaux opérateurs peuvent participer sans consentir d'énormes investissements. Revers de la médaille : il n'y a plus de prime d'exclusivité." Ce prochain appel à candidatures pourrait aussi voir le retour du football pro le dimanche après-midi. Deux ou trois rencontres seraient disputées simultanément à 15 h. On sait que Frédéric Thiriez est attaché à cette idée, qui se heurte pour l'instant aux réticences du football amateur, mais intéresse fortement les chaînes hertziennes gratuites comme France 2 ou M6
Pour pimenter le tout, il se murmure que la Ligue et ses conseillers songent à segmenter la saison. Ainsi, les matches vedettes des samedis et dimanches soirs pourraient être attribués à un opérateur entre la 1re et la 12e journée, à un autre entre la 13e et la 25e journée et à un troisième entre la 26e et la dernière journée. Ce scénario, peu probable, consacrerait la forme la plus aboutie du morcellement. En fait, il risquerait plutôt de décourager les nouveaux entrants. La partie de poker menteur ne fait que commencer !
Et Jean Michel Aulas entre dans la bataille
Jean-Michel Aulas s'est une nouvelle fois fait remarquer en tentant, ni plus ni moins, de déstabiliser son ami Frédéric Thiriez Le résultat de l'appel à candidatures risque d'être tellement mauvais que l'appel pourrait être jugé infructueux. Si ce scénario, loin d'être farfelu, se produit, Aulas demande alors à gérer lui-même la commercialisation des droits télé de son club. Thiriez refuse. Pas question de céder sur le principe de la commercialisation centralisée. Furieux, celui-ci décide de contre-attaquer en créant de toutes pièces Football Avenir Professionnel (FAP). Pour monter ce projet qui réunit en fait les clubs les plus médiatiques du foot français, Jean-Michel Aulas sollicite Jean-Claude Darmon. L'attelage Aulas-Darmon scelle alors un pacte de non-agression avec le président de la Ligue mais impose, en contrepartie, certaines exigences telle la modification des clés de répartition entre la Ligue 1 et la Ligue 2.
La deuxième division française, qui génère cette saison 15 millions d'euros de droits, se nourrit à hauteur de 90 millions sur les droits de la L1. Ce principe de solidarité L1-L2 exaspère la bande à Aulas, qui souhaite revenir dessus. Elle obtient des garanties en ce sens. Mais les golden presidents de FAP veulent aussi obtenir une revalorisation des clubs les plus diffusés à la télé."On s'est aussi mis d'accord là-dessus", reconnaît Jean-Claude Plessis. C'est à la suite de ces mois de tractations secrètes que la famille du football français, enfin au grand complet, se réunit pour signer, la semaine dernière, le règlement intérieur audiovisuel. Un préalable indispensable au lancement de l'appel à candidatures.
Quel bilan peut-on faire de l’argent de Canal+ et quelles perspectives?
Selon Michel Seydoux (Président du LOSC) : « Dans un premier temps, cet argent a permis d’assainir le foot français ; les clubs sont sains et ont pu poser des fondations. Dans un deuxième temps, il doit leur permettre de se développer et de devenir plus compétitifs. » Ce développement passe par la diminution de la dépendance de l’argent des droits télé. Comment ? En diversifiant les recettes comme le pense Francis Decourrière (Président de Valenciennes) : C’est d’ailleurs pourquoi nous attendons avec impatience notre nouveau stade, pour augmenter les recettes de billetterie en accueillant deux fois plus de monde, sans changer la philosophie de notre politique tarifaire accessible à tous. Cela nous permettra aussi de diversifier nos recettes, avec le marketing, le naming, le merchandising, en fait tout ce qui finit en “ing”. Je n’oublie pas la réalité du business, un mot anglais qu’on sait bien mettre en application outre-manche… ».
Un exemple, en un match, le club de Shalke 04 génère 14 M E ; à Lens, cela ne représente que 400 000 E.
Projet OL LAND
Rénovation et construction de structures sportives (stades, centre d'entraînement...), amélioration de l'accueil et de la formation des jeunes, achat de joueurs... Cet argent est donc nécessaire pour moderniser le football en France. Beaucoup de chose sont donc encore à faire, pour rejoindre les grands clubs européens et surtout pour stabiliser et pérenniser le football français tout en haut de la hiérarchie européenne.
Calendrier indicatif de l'attribution des droits :
• Seconde quinzaine de novembre : publication au Journal officiel du décret sur l'allongement des contrats (quatre ans au lieu de trois).
• 29 ou 30 novembre : lancement de l'appel à candidatures et publication des lots.
• Courant janvier :remise des offres des chaînes et annonce des résultats.
22:15 Publié dans ECONOMIE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note












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