10.02.2008

LA SUPERPUISSANCE PREMIER LEAGUE

Avec un chiffre d'affaires de 2,5 milliards d'euros, la Premier League anglaise affiche une santé insolente, loin devant les autres grands du foot européen.

Pour la saison 2005-2006, le chiffre d'affaires cumulé des cinq grands championnats européens de football (Angleterre, Allemagne, Espagne, Italie, France) a crû de 6 % et s'élève à 7,6 milliards d'euros, indique la dernière étude Ineum Consulting-Euromed Marseille. « A moyen terme, l'économie du foot européen devrait accélérer sa croissance globale, notamment grâce au nouveau contrat TV de la Premier League anglaise signé avec BSkyB et Setanta à plus de 1,2 milliard de recettes annuelles », analysent Vincent Chaudel et Philippe Piola, les deux responsables de l'étude.

Le championnat anglais est manifestement la compétition qui génère le plus de recettes. « Quasiment l'équivalent du nouveau contrat télévisuel français, soit 650 millions annuels », révèlent les experts. On peut donc aujourd'hui faire la distinction entre un « mégachampionnat », la Premier League avec un chiffre d'affaires de 2,5 milliards, et ses quatre « challengers » (Allemagne, Espagne, Italie, France). Concernant la Bundesliga, les experts notent qu'avec un chiffre d'affaires de plus de 1,2 milliard, il est toutefois le seul des grands championnats marqué par une baisse relative de ses revenus d'environ 3 %. La Série A italienne, avec un chiffre d'affaires de 1,5 milliard, enregistre une croissance de 5 % sur la saison 2005-2006, principalement du fait des nouveaux contrats TV d'un montant total de 873 millions négociés individuellement par les clubs. De son côté, la Liga espagnole, dont le chiffre d'affaires se monte à plus de 1,3 milliard, affiche une croissance de 13 % en 2005-2006 et une augmentation attendue de 10 à 15 % pour 2006-2007, grâce à la bonne santé du Real Madrid, classé par Deloitte UK (« Les Echos » du 18 février) en tête des clubs les plus riches d'Europe, avec un chiffre d'affaires de 351 millions pour 2006-2007, et le FC Barcelone à la troisième place avec 290,1 millions de revenus.

Podium sportif

La Ligue 1 française, avec un chiffre d'affaires de 950 millions, rattrape une petite partie de son retard. C'est en tout cas l'un des championnats les mieux gérés, comme le montrera le rapport annuel de la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) de la Ligue qui annonce, dès à présent, que les vingt clubs de L 1 dégagent sur la saison 2006-2007 un résultat net excédentaire de 43 millions (« Les Echos » du 14 février). Mais « l'objectif aujourd'hui, c'est de permettre au football français de rejoindre le Top 3 », affirment les experts. D'un point de vue sportif, la France occupe la quatrième place à l'indice UEFA 2007, devançant l'Allemagne de 9,292 points et accusant un retard de 12,432 points sur l'Italie. « L'objectif du podium sportif ne pourra se réaliser que par l'élévation de la performance générale de nos clubs, soulignent les experts. A savoir le passage du cap des quarts de finale de la Champions League pour l'Olympique lyonnais, des participations plus régulières de l'Olympique de Marseille à cette même compétition, un retour à la stabilité pour le Paris Saint-Germain et à la confirmation sportive d'autres clubs tels que les Girondins de Bordeaux, le LOSC ou le RC Lens pour ne citer qu'eux. » Sur le plan économique, si l'on exclut la Premier League, désormais inaccessible, l'écart à combler pour le football hexagonal reste conséquent : plus de 500 millions sur l'Italie, actuel dauphin, et plus de 400 millions sur l'Espagne. Comme l'écart ne pourra être comblé d'ici quatre ans par une forte augmentation des droits TV de la Ligue 1, comme l'a montré le résultat de l'appel d'offres pour la période 2008-2012 (668 millions annuels contre 600 millions pour le précédent contrat), les experts de Ineum Consulting-Euromed Marseille pensent que les clubs français devront concentrer leurs efforts sur « les recettes commerciales » pour lesquelles la France reste très en retrait, puisqu'elle accuse près de 180 millions d'écart avec le troisième (Espagne), et « la billetterie » pour laquelle plus de 7.000 spectateurs de moyenne par match séparent la France du troisième.

Recrutement des spectateurs

Comment trouver les 400 millions qui nous séparent de l'Espagne ? L'étude montre que le recrutement de 7.000 spectateurs, à prix moyen constant (environ 17 euros la place en France contre 51 en Angleterre, 30 en Espagne, 23/24 en Italie et en Allemagne), apporterait 40 millions. Une augmentation des places VIP dans « des stades enfin rénovés » permettrait de générer 50 millions. La valorisation du sponsoring maillot des clubs pourrait permettre d'enregistrer 17 millions de revenus supplémentaires, et le développement de nouvelles recettes commerciales près de 70 millions. Les experts pensent que la Ligue 1 est en mesure de générer plus de 250 millions sur les 400 millions initialement identifiés. Pas suffisant pour que le foot espère monter sur le podium du Top 3. Ce qui signifie, à terme, que le football français ne pourra pas échapper à une révision de la répartition des droits TV Ligues 1 et 2, comme le réclament certains grands clubs, à l'instar de l'OL, voire à une restructuration des compétitions pour renforcer la dimension « spectacle sportif ». Du pain sur la planche pour le président de la Ligue, Frédéric Thiriez.

ALAIN ECHEGUT

http://www.lesechos.fr

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